GOOD LORD (Oh Lord ! Tome 3) Laure Elisac, tous droits réservés Extrait 2

Jeudi 29 juin 2017

Le feuilleton de l'été :
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Extrait 2



Sonia appelait d’une rue animée, ce qui l’obligeait à coller son portable contre son oreille pour entendre la voix de Lawrence, tandis qu’il reculait le sien tant elle criait pour couvrir le brouhaha ambiant. Qu’est-ce que c’était que ce bordel ?
Son discours incohérent parlait de répétition écourtée et du départ précipité d’Eve, appelée à se rendre à Brighton, ou Birmingham. Difficile d’imaginer plus vague, pourquoi pas quelque part entre les Cornouailles et l’Écosse ? Néanmoins, Lawrence savait que la famille d’Eve résidait à Birmingham, mais elle n’y retournait que rarement, ne partageant des affinités qu’avec sa grand-mère. Il se garda de corriger Sonia, son débit offrant peu de place au dialogue.  
– On s’en fou que la répète tombe à l’eau, brailla la jeune femme, nous on fait la fête !
Seigneur, songea Lawrence, ce n’était pas à cause du bruit que Sonia s’époumonait dans le téléphone, mais parce qu’elle avait bu.
– Sonia, as-tu mangé quelque chose ? Il te faut du solide dans le ventre. Qui t’accompagne ? Dante est-il là ? Passe-le-moi.
– Dante et Alex sont partis, ces petits vicieux ! Ils ne pensent qu’à sauter dans le pantalon l’un de l’autre. Je suis avec Noah, il a un rôle dans la pièce d’Eve, mais pas sa pièce de nous, sa pièce de Hurst !
Sa voix était montée dans les aigus au risque d’endommager définitivement le tympan de Lawrence.
– On arrose ça ! Rejoins-nous, et enlève ta cravate de rabat-joie, on veut de l’ambiance.
– Non, plus d’arrosage. Dis-moi où vous vous trouvez, je viens te chercher.
– Pas question, monsieur Nickel l’irréprochable, toujours impeccable, tu t’éclates avec nous ! Noah, arrête ! gloussa Sonia. Aïe ! Je me suis tordu la cheville et Noah a marché sur mes bribes, mes dribes, mes brrrrides !
Lawrence soupira. Il avait horreur des femmes saoules. En plus, les températures avaient grimpé jusqu’à vingt-sept degrés aujourd’hui. Les locaux climatisés de l’hôpital le préservaient de la chaleur, mais les murs de Belgravia en avaient conservé la mémoire et c’était maintenant qu’ils suintaient l’atmosphère étouffante de la journée. Ou alors était-ce le résultat du tête-à-tête avec Spencer ? Il se sentait poisseux.
– Sonia, Sonia, écoute-moi. Où êtes-vous ?
À force d’accent paternel, il réussit à la convaincre de dénicher un taxi et de le retrouver à la maison. Il retourna à la cuisine commander à Spencer un plateau consistant et monta dans sa chambre prendre une douche.



Sonia, les yeux dans le vide, l’attendait allongée dans un canapé du salon lors qu’il redescendit. Spencer avait déposé la collation sur une table basse. Lawrence s’immobilisa, saisi par la beauté de la jeune femme. Ses cheveux étaient lâchés, elle portait une robe chemisier vert argile, qui soulignait sa ligne parfaite et elle avait chaussé les bottes à talon offertes lors de leur séance de shopping. Mais il y avait quelque chose de subtil, quelque chose de différent dans sa posture, ou l’expression de son visage. Un sentiment de possessivité l’étreignit à l’idée qu’elle aurait pu déambuler dans les rues, en état d’ébriété, avec pour seule protection cette arsouille de Noah. Curieusement, il devait admettre que ce qu’il ressentait se rapprochait plus de l’instinct paternel que de la jalousie.
Elle s’assit et piocha dans l’assiette de toasts préparée par Spencer. Même dans son état, elle s’efforçait de manger la bouche fermée.  
– Bon sang, j’étais affamée, s’exclama-t-elle entre deux bouchées.
Ses joues étaient roses et ses pupilles brillantes, ses gestes engourdis par l’éthanol. Il prit place à côté d’elle.
– Tu imagines la mega-chance pour Noah ? Ok, il s’agit d’un second rôle, mais dans une pièce qui se jouera six mois minimum, un an probablement ! Et directement à Londres avec toutes les têtes d’affiche, pas de tournée préliminaire, c’est la chance de sa carrière. Il était hystérique.
Lawrence hocha la tête, caressant distraitement le genou de Sonia. Elle ne portait pas de bas et il réalisa qu’on était vendredi soir, qu’elle était chez lui et qu’elle ne prétextait aucune révision. Il entrevit l’occasion de décompresser de sa journée et oublier les problèmes de son majordome.
– Que devient la troupe, sans metteur en scène ?
– Rien, répondit-elle en s’étirant. On se dit bye bye après la représentation d’Easy Virtue. J’avais l’intention d’abandonner depuis un moment. Je restais pour Alex et Noah, mais en septembre je vais chercher du travail, et puis, maintenant, j’ai des activités plus intéressantes qui m’attendent le vendredi soir, ajouta-t-elle avec un sourire aguicheur.
Le maquillage. Voilà ce qui différait. Un trait d’eye liner rehaussait sa paupière, et du rouge corail teintait ses lèvres d’une manière agressive, sortant des tonalités pâles habituelles. Elle projetait une féminité plus affirmée. 
– Tu as changé de maquillage.
– Oh, tu as remarqué ? dit-elle en se servant de son téléphone comme d’un miroir. Ça te plaît ? On a fait des essais pour Easy virtue. Noah estime que ça me vieillit, et toi ?
– Cela te donne de la maturité, et de l’assurance.
– Eve avait apporté des photos de pin-up chinoise. Elle veut que je prenne un air mystérieux et venimeux.
– Est-ce que ce n’est pas le contraire du personnage ? Il me semblait que c’était l’héroïne, la cible du poison du qu’en-dira-t-on.
– Justement, Eve souhaite que le public ait lui aussi des aprioris sur elle, qu’il la condamne avant de la connaître.
Elle rit nerveusement.
– Elle me visualise en garce mangeuse d’hommes, bonjour le cadeau.
– Je peux t’aider à peaufiner le personnage, dit-il, explorant l’ombre douce de sa cuisse sous sa jupe.
– Alex m’a appris que tu passais le week-end prochain à Covington avec toute la bande, dit-elle, redevenue brusquement sobre et sérieuse.
– Humm, répondit-il sans se laisser distraire.
– Il m’a demandé si je comptais me joindre à vous, j’étais surprise de ne pas être au courant.
Il cessa son manège sans retirer ma main. 
– Tu comptes m’accompagner ? demanda-t-il, étonné.
– Si tu en as envie, oui.
– Bien entendu que j’en ai envie ! Je prévoyais de t’en parler, mais comme tu as toujours une leçon à réviser, je me résignais à recevoir un non.
Il s’agenouilla sur la moquette, devant elle, et s’avança entre ses jambes, la forçant à les écarter.
– Lawrence, qu’est-ce que tu fabriques ?
– Ça me semble limpide.
Il remonta le long de ses hanches pour atteindre les élastiques de son string. Ah, la volupté de sentir le tissu sous ses doigts. Sonia se raidit et plaqua les pans de sa robe.
– Lawrence, pas ici. Spencer risque d’arriver n’importe quand.
Il introduisit son visage sous sa robe, à la manière d’un photographe du dix-neuvième siècle, empêchant Sonia de refermer ses genoux, elle se contorsionna pour le repousser. Son sexe chaud entre ses cuisses exhalait un parfum de femme qui lui mettait l’eau à la bouche. Il posa ses lèvres sur le renflement de sa culotte.
– Lawrence, non ! voisa-t-elle, en chuchotant avec emphase.
Le résultat rauque mêlait les accents de l’excitation à ceux de la panique. Lawrence ne comprenait pas ce qu’il y avait chez elle qui le rendait sadique. Usant de sa force, il s’empara de sa lingerie pour lui retirer tout à fait. Les joues de la jeune fille viraient au carmin et elle le regardait horrifiée, pleine de colère contenue.
– Ne sois pas prude, tu mouilles, dit-il en se penchant pour reprendre son poste.
Elle s’agita de plus belle.
– Je t’en supplie, que pensera-t-il s’il nous surprend ?
– Que notre relation n’a rien à voir avec une passion commune pour les dominos ? Je crois qu’il s’en remettra.
Il attira son bassin au bord du coussin et en deux mouvements, il remonta sa jupe et hissa ses jambes par-dessus ses épaules, se délectant des talons aiguilles qui battaient dans son dos. Elle hoqueta.
– Arrête ! Arrête !
Il mordilla son pubis, juste au-dessus de son clitoris, là où ses poils étaient fins comme des cheveux de bébé. Sa peau était gorgée de sang ; malgré tout son cinéma, elle était excitée. Il hésita à la posséder sur le champ au lieu de la déguster avec sa bouche. Plus elle se tortillait et plus elle se collait à lui. En principe, si Spencer débarquait, il ne distinguerait rien, à part les genoux remontés de Sonia, et son string qu’il avait lancé quelque part, de l’autre côté du sofa. Par contre, si elle continuait à ahaner comme ça, il les entendra avant d’avoir atteint le sommet des escaliers. Son excitation redoubla. Avec sa langue, il s’efforçait d’amplifier ses gémissements. Elle ne rentrait pas dans la catégorie des chanteuses lyriques, mais en luttant elle émettait des petits sons affriolants. Il la lutina jusqu’à ce qu’elle abandonne ses résistances, puis se redressa.
En temps normal, il aurait persévéré jusqu’à la jouissance, mais lors de leur dernière nuit passée ensemble, alors qu’il avait enfin réussi à lui donner le premier orgasme de sa vie, elle l’avait récompensé en se plaignant que son vagin se trouvait trop irrité pour supporter les contacts. Son orgasme avait signifié la fin du coït et il s’était endormi sur sa béquille. N’étant pas un fan du camping, il avait retenu la leçon. Il était hors de question qu’il la laisse venir avant d’avoir épuisé toutes les combinaisons de ce corps magnifique. Il la retourna et la pencha à bouchon sur le canapé. 
– Allez, Miss Butterfly, montre-moi ton papillon.
Il se figea.
Quelque part entre les halètements et les imprécations, elle s’était mise à pleurer. Il se recula et elle replia les jambes sous elle, sa jupe tirée sur ses cuisses.
– Miao ! Chérie, qu’est-ce que... c’était pour s’amuser !
Elle serra les lèvres, adoptant le mode analyse. Lawrence devinait le fruit de ses cogitations : « Le patient est un homme, qui bien qu’issu d’une fratrie de deux, a développé tous les symptômes de la pathologie de l’enfant unique. Il compense son insécurité et son besoin de contrôle par une rétention anale qui le pousse à cultiver une sexualité déviante, basée sur l’exposition de ses organes génitaux en public. »
– Ce n’est pas... pour l’amour de Dieu, Sonia, n’interprète pas mes agissements avec autant de sérieux. J’espérais seulement égayer la soirée. Et tu mouillais, ne me mets pas tout sur le dos.
Elle renifla bruyamment et s’essuya les joues et le nez dans un geste qui aurait pu paraitre vulgaire s’il n’avait été enfantin. Lawrence s’assit sur ses talons. Elle tira à nouveau sur sa robe avant de prendre la parole.  
  Je ne suis pas dupe, Lawrence, si tu as encore du désir pour Eve, assume-le, au lieu de me contraindre à jouer les remplaçantes.
Lawrence ouvrit la bouche pour protester, il n’arrivait pas croire qu’elle remettait le sujet sur le tapis.
– Tout ce cirque, insista-t-elle, l’exhibitionnisme, c’est typique de son esprit salace. Je vois bien qu’elle te manque. Avec elle, tu pouvais t'adonner à tes cochonneries.
– Sonia !
Il tenta de l’attirer dans ses bras, mais elle gardait les poings serrés contre elle.
– Écoute-moi attentivement, je te jure que je n’ai jamais, à aucun moment fait l’amour avec Eve dans ce salon. Combien de fois faudra-t-il que je le dise, c’est avec toi que je désire être ! Pourquoi diable te proposerai-je de m’accompagner à Covington la semaine prochaine, si  je n’aspirais pas à passer du temps avec toi ?
– Dans ce cas, pourquoi me forces-tu à exécuter des trucs vicelards comme ça ?
– Ce n’est pas du vice, simplement, parfois, le corps éprouve des pulsions qu’on a plaisir à satisfaire sans se demander si le moment et l’endroit sont opportuns. Bon sang, Miao, tu es belle, je bande, où est le problème ? Et pour me montrer clair, ceci n’a rien à voir avec de la rétention anale.
– Quoi ?
– Oublie. Viens, dit-il en se levant. De toute façon, cette moquette me brûle les genoux.  
        
 


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